mardi 7 juillet 2015

Pourquoi tout va si mal...

La société est rongée par deux cancers : la politique et son rejeton la démocratie.

- Les hommes de l’État décident en toute irresponsabilité et dépensent à tous vents, ce ne sont pas eux qui paieront les dégâts / la facture.

- Les citoyens ne craignent pas le surendettement de l’État, comme cela se trouve réparti sur un grand nombre de contribuables, ils espèrent en tirer plus de bénéfices (État-providence) que de coûts (impôts pour rembourser la dette).

- Les créanciers et banquiers ne craignent pas de prêter à des insolvables, ils ont comme caution surtout l'argent des déposants, et les hommes de l’État viendront s'il le faut à la rescousse avec le "too big to fail"...

- Les banques centrales ne craignent pas de faire marcher la planche à billets pour que le jeu de chaises musicales continue jusqu'à l'effondrement final. Il n'y a rien que la fausse monnaie ne puisse régler - au moins à court terme.

jeudi 28 mai 2015

Entretien avec Adrien Faure

Entretien avec des libertariens – Thierry Falissard


Thierry Falissard a 56 ans et vit à Lausanne, dans le canton de Vaud. Adhérent de l'Institut libéral, il travaille comme ingénieur et informaticien le matin et écrivain et métaphysicien à seize heures. Son signe astrologique est Taureau ascendant Cancer et sa couleur préférée est le jaune d'or.
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AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?

Je préfère parler de libertarisme que de libertarianisme. C’est la recherche et l’application des principes de base qui conditionnent la possibilité d’une vie en société qui minimise la violence.
Cette recherche touche à l’éthique, voire à la métaphysique. En effet, il faut une définition de la violence, de l’agression, des agresseurs, du périmètre individuel sujet à agression et qui devrait en être protégé, et donc de ce que devrait être le droit dans une société non-violente. On aboutit à une philosophie du droit découlant de préoccupations éthiques, voire d’une ontologie ou d’une conception de l’homme.
Le droit, sauf à être arbitraire, doit être la traduction d’une éthique intersubjective : pour moi, il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression, éthique « confirmée » par toutes les religions et les morales laïques (éthique de réciprocité, Golden Rule et Silver Rule). Les libertariens mettent au défi quiconque de trouver un autre fondement à une vie en société qui soit non-violente.
Cela remet en question les conceptions positivistes du droit comme construction ou institution héritée du passé, totalement déconnectée de l’éthique, comme le croient certains libéraux. Cela remet aussi en question la nature de la politique et du « pouvoir ». La démocratie n’en réchappe pas, puisqu’elle consacre la domination d’une majorité sur une minorité, et s’attaque constamment au périmètre individuel et à la sphère privée (y compris en Suisse avec de fréquentes initiatives populaires antilibérales, et une élite politique qui va contre l’intérêt de la population tellement elle est pressée de construire une Suisse identique au reste du monde). 

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?

Je me sens proche de tous les courants (sauf des conservateurs et des Randiens), sachant qu’ils relèvent tous pour le moment de l’utopie : il n’y a pas aujourd’hui de société anarcho-capitaliste ou panarchique, et encore moins de société minarchique. L’une ou l’autre me conviendraient, mais je n’en vois pas la perspective avant longtemps. Je parle d’utopies car il n’y a pas de formule magique pour empêcher en anarcapie l’émergence d’un Etat central, ni pour empêcher en minarchie un Etat minimal de devenir maximal, comme les Etats d’aujourd’hui. Ce sont donc des modèles théoriques vers lesquels il faut tendre, mais qui ne seront peut-être jamais réalisés, ou pas avant des siècles. En effet, la pente naturelle de toute société est de céder à cette loi éternelle qu’est la loi du plus fort, et il est impossible d’empêcher le plus fort de s’octroyer la part du lion (d’où tous les avantages dont bénéficie le secteur public dans tous les pays, l’impunité totale des dirigeants, le mépris qu’ils ont pour leurs administrés, leur court-termisme, leur propagande orwellienne, la dette publique qui matérialise leur irresponsabilité). Mais ce qu’il faut incriminer est bien la bêtise du citoyen-électeur, prisonnier de toutes sortes d’illusions, qui croit que la politique est utile et nécessaire : c’est bien là la cause profonde de l’inaptocratie !

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?

Le libertarisme est d’abord pour moi un rejet de la politique, ou un projet anti-politique, car c’est une affirmation de la primauté de l’individu sur le collectif. C’est aussi une éthique de vie fondée sur le primat de la volonté individuelle et de la non-agression. Ce n’est pas une éthique complète, elle ne vous empêche pas d’avoir au surplus une éthique personnelle, d’être athée ou croyant, végan ou carnivore, altruiste, égoïste, radin, misanthrope, judéophile, islamophobe, etc.
Comme individualiste radical, j’ai la plus grande méfiance à l’égard de toutes les entités collectives, sources d’oppression. Seules les associations volontaires sont légitimes. Libre à vous de vous définir comme appartenant à telle entité collective (nationale, religieuse, politique…) et d’y voir une partie de votre identité, libre à moi de refuser de faire de même, et de refuser qu’au nom de votre identification à un collectif donné (nation, patrie, congrégation, syndicat…) vous veniez empiéter sur ma liberté et m’imposer votre point de vue.
Certains libéraux se gargarisent avec l’État de droit, les institutions, la séparation des pouvoirs, la « légitimité démocratique », le « contrôle démocratique », l’indépendance de la justice, etc. Toute cette machinerie dont ils sont très fiers (et qui a sans doute quelques mérites historiquement) n’a pas empêché les Etats et les institutions (nationales et internationales) de devenir ce qu’ils sont : de terrifiantes machines à broyer l’individu, avec prolifération de la bureaucratie, impunité des irresponsables institutionnels, spoliation généralisée, atteintes continuelles aux libertés et à la propriété. Alors ils préconisent aux mécontents de « voter avec leurs pieds », comme si les Etats étaient des copropriétés d’où l’on pouvait facilement déménager en cas de désaccord, et comme si ces Etats étaient les propriétaires ultimes du territoire où ils résident…
Le libertarien conteste les notions d’intérêt général, de biens publics, constructions ad hoc qui servent à justifier l’oppression. Est récusée aussi l’idée de nation, de volonté populaire, de cohésion sociale, de « vivre ensemble », de projet commun, de progrès social, sans tomber dans un atomisme social (reproche habituel si facile), puisque le libertarien est en faveur de toute association volontaire.
La tâche du libertarien de mon point de vue n’est pas d’entrer dans le jeu politique normal et de chercher à être élu. Il n’a pas de modèle de société de rechange à proposer, mais il exerce une fonction critique à l’égard de la chose politique, en montrant comment toute action étatique est immorale, car fondée sur le vol, la coercition, les privilèges accordés à quelques-uns aux dépens de tous les autres. En abandonnant la politique politicienne au bénéfice de la philosophie politique et de l’économie politique, il peut ainsi espérer élever le « niveau de conscience » (désolé d’employer une expression aussi « New Age ») de la population en dénonçant l’imposture politique. Appliquer la loi du plus fort indépendamment de toute éthique, fût-ce au travers de la démocratie, c’est céder à la facilité : rien ne la justifie, ni la théorie des biens publics, ni la fiction de l’intérêt général.
Au plan collectif, le libertarisme est un abolitionnisme : il « suffit » en théorie d’abolir les législations liberticides, c’est-à-dire 99 % des lois, alors que la tendance est au contraire à l’empilement législatif, au bénéfice direct des politiciens, juristes, lobbyistes, assistés, groupes de pression et minorités tapageuses, etc., sans parler du capitalisme de connivence qui a pris une ampleur démesurée de nos jours (la PME du coin peut bien crever sous les charges, mais il faut sauver telle grande entreprise ou telle banque au nom de l’intérêt national, ce cache-sexe de la corruption cleptocratique).
Au plan individuel, le libertarien peut rechercher un affranchissement personnel, en usant du « droit d’ignorer l’Etat » et du passivisme. Quelques outils existent : on peut quitter la Sécu (en France), utiliser Bitcoin, faire jouer la concurrence à tous les niveaux, pratiquer l’agorisme, la désobéissance civile, etc., mais on est encore loin du compte pour ce qui est des moyens disponibles.  

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?

Quand on n’a pas de principe directeur, de philosophie politique, c’est l’émotionnel qui domine, et l’on est pris au piège d’illusions telles que la nation, les acquis sociaux, le progrès social, la justice... C’est ce qui se passe en politique française, où il n’y a plus d’idées, que de l’émotionnel et des querelles de personnes. Le cycle interventionniste a été bien décrit par les libertariens : il y a un « problème » à résoudre, d’où une intervention étatique, qui créera d’autres problèmes dans une spirale sans fin. Tout cela est absurde, sauf pour les politiciens qui y trouvent leur raison d’être, car « l'art de la politique consiste à masquer la destruction de richesse par l'enfumage des victimes » (corollaire de Nasr Eddin Hodja à la loi de Bitur-Camember).
Je suis donc sorti, bien péniblement car rien ne vous y aide (surtout quand vous êtes un produit des « Grandes écoles » à la française), de toutes les illusions étatistes, sans pour autant tomber dans un utopisme libertarien (pas de Matrice de rechange quand vous êtes sortis de la Matrice). La clé a été pour moi le postulat de la volonté individuelle, et le critère du consentement appliqué à tous les rapports sociaux. La critique libertarienne montre que le roi est nu, qu’on n’a pas besoin de lui, que le mensonge et le vol ne changent pas de nature parce qu’ils ont reçu l’onction politique ou étatique. Le libertarien a pour vocation de devenir le poil à gratter du conformisme politique (y compris libéral). 

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?

Je me réclame de la philosophie transcendantale (celle qui part du primat de la conscience) et du volontarisme, dans le sillage difficile de Spinoza, Kant, Schelling et Schopenhauer. L’avantage et en même temps le défaut d’une telle philosophie est qu’on se place dans l’intemporel, on néglige un peu les théories évolutionnistes parce qu’on a tendance à penser qu’il n’y a jamais « rien de nouveau sous le soleil »…
Il me faut citer Max Stirner, qui dénonce l’Etat comme nouvelle divinité, ancrée davantage dans les têtes qu’établie dans les faits ou légitimée par ses succès. La royauté de droit divin et l’assertion que « tout pouvoir vient de Dieu » ont laissé des traces, on a juste remplacé le roi par la nation, tout cela pour aboutir à une oppression bien pire que sous l’Ancien régime. Il y a encore des gens qui croient que tout ce que fait l’Etat est bien, puisque cela résulte de la « volonté générale » ! Ou que l’Etat a une vision à long terme, qu’il est indispensable pour fournir tel service dit « public », voire qu’il est la source de toute civilisation et de tout progrès...
Arthur Schopenhauer, plus connu comme métaphysicien (offrant un trait d’union unique entre Occident et Orient), établit un lien fort entre métaphysique, éthique et politique. La politique n’est plus alors que la façon d’assurer la coexistence des volontés individuelles, en imposant le principe de moindre agression, chaque volonté étant respectable dès qu’elle n’en agresse pas une autre. D’où déjà la critique du paternalisme étatique, tout autant que du collectivisme (que Schopenhauer dénonce chez Hegel de façon prémonitoire !). On aboutit à des positions assez proches de celles de Rand ou Rothbard, en partant de postulats diamétralement opposés (réalisme empirique kantien au lieu du réalisme aristotélicien).
Après cela, les libertariens du XXe siècle, Rothbard, Friedman, Rand, etc., n’ont fait que développer à l’extrême et de façon systématique ce qui était déjà en germe au XIXe siècle, décrit par Bastiat (ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas) ou Molinari (l’Etat comme producteur monopolistique, très inefficace, de sécurité). Avec le temps, je crois davantage à une société multiculturelle et multi-juridique à la Friedman qu’à une société où règnerait un « droit naturel » uniforme à la Rothbard.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?

Outre la triade classique liberté, propriété, responsabilité : autonomie, dépassement, lucidité. 

AF. Ton livre libertarien préféré ?

C’est peut-être le livre de Pascal Salin, Libéralisme (2000), celui qui m’a le plus efficacement ouvert les yeux. « Encore un livre politique, donc arbitraire, partisan et sectaire » m’étais-je dit en l’ouvrant, plutôt sceptique. Mais non, tout au long du livre on applique une seule logique, la logique de la liberté, et une extraordinaire cohérence s’en dégage ! On est très loin des ouvrages politiques habituels, écrits par les politiciens, leurs nègres ou leurs épigones, où les intentions généreuses cachent sous de belles phrases la coercition et la dictature molle nécessaires pour faire appliquer les idées.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?
Il y aurait des dizaines de citations toutes aussi valables les unes que les autres…
- Il ne faut pas que le peuple s'attende à ce que l'État le fasse vivre puisque c'est lui qui fait vivre l'État. (Frédéric Bastiat)
- Ils veulent être ''bergers'', ils veulent que nous soyons ''troupeau''. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. (Frédéric Bastiat)
- L’État est le maître de mon esprit, il veut que je croie en lui et m’impose un credo, le credo de la légalité. Il exerce sur moi une influence morale, il règne sur mon esprit, il proscrit mon moi pour se substituer à lui comme mon vrai moi. (Max Stirner)
- L'État, c'est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le Peuple. » (Friedrich Nietzsche)
- Il n'y a point d'alchimie politique à l'aide de laquelle on puisse transformer des instincts de plomb en une conduite d'or. (Herbert Spencer)
- L'État n'est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive cette bête carnassière, l'homme, et de faire en sorte qu'il ait l'aspect d'un herbivore. (Arthur Schopenhauer )
- Pour un libéral, l'État minimal est le plancher ; pour un libertarien, il est le plafond. (Patrick Smets) 

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?

L’Europe est bien avancée sur la route de la servitude hayékienne, et la Suisse, trahie par ses élites, court derrière elle avec quelques années de retard. Comme on pouvait s’y attendre, le problème du surendettement étatique a été réglé partout non par l’austérité ou la réduction du périmètre étatique, mais par la planche à billets. Tout le monde sait que ça finira très mal (d’où le marasme actuel où cet effondrement de la société est inconsciemment pressenti) mais on ne sait pas quand l’écroulement aura lieu, ni si ce sera uniquement pour des raisons économiques (faillite générale) ou socio-politiques (dictatures nationales ou supranationales, fanatisme nationaliste ou révolutionnaire, expansion du totalitarisme islamique…).
La gangrène étatique s’étend aujourd’hui sur toute la société, et quasiment tous les domaines d’activité sont touchés. Quelques exemples dans des domaines auxquels je m’intéresse. La santé, avec une sécurité sociale de type soviétique en France, et crypto-soviétique en Suisse avec la LAMal, qui interdit de s’assurer hors de Suisse (alors que même en France c’est possible) ! L’enseignement public, à la fois uniformisé dans sa partie obligatoire (promotion des cancres et rabaissement des doués) et prébendaire dans sa partie universitaire, déconnectée de l’économie (avec des matières qui ne servent qu’à faire vivre le professeur qui les enseigne). La science, que l’on aurait pu croire objective et détachée de la politique, est en fait une science étatisée, où prolifèrent les gaspillages et les fromages (changement climatique prétendument d’origine anthropique, projets inutiles et pharaoniques comme ITER, théories-fromages qui ne servent qu’à donner une occupation aux scientifiques, comme la théorie des cordes en physique, sciences dites « sociales », etc.). 

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?

Je rappelle l’existence de mon livre gratuit Faut-il avoir peur du libéralisme ?, qui est une description assez équilibrée du libéralisme, mais qui sera jugée extrémiste si l’on est étatiste, et trop modérée si l’on est libertarien.

Je publie en 2016 un petit livre « La pensée bouddhiste » (son titre d’origine : « Métaphysique bouddhique » a été jugé trop rebutant par l’éditeur, Almora…) où j’essaie de combattre pas mal d’idées reçues sur cette philosophie, qui est la mienne, au travers du prisme de la philosophie transcendantale occidentale.
Je soutiens l’initiative suisse « monnaie-or » (ex « franc-or ») qui vise à mettre en circulation une monnaie parallèle reposant sur l’or. Un des critères permettant de reconnaître un Etat vraiment libéral (on en cherche toujours !) serait celui d’une liberté monétaire complète (autres critères : non pénalisation des crimes sans victimes ; Etat géré comme une entreprise ; liberté d’expression absolue).
Enfin, je plaide pour des débats libertariens où l’on éviterait autant que possible des sources de dissension classiques, qui sont de deux sortes : éthiques et métaphysiques. Ethiques : vous avez le droit de soutenir n’importe quelle éthique (conservatrice, écologique, solidariste…) du moment que vous ne cherchez pas à l’imposer à autrui (excepté quand il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression). Métaphysiques : vous ne devriez pas utiliser des arguments métaphysiques dans un débat libertarien, qu’il s’agisse de la « loi naturelle », de Dieu, de la providence (Bastiat !), du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau !), de la dignité humaine (Kant !) ou même (plus subtil) du libre arbitre ou d’une quelconque « nature humaine ». De telles hypothèses risquent d’affaiblir votre argumentation (sauf avec ceux qui partagent les mêmes conceptions) et de mettre un terme au débat, ce qui est dommage car on peut parvenir à des conclusions libertariennes identiques à partir de postulats très différents.

vendredi 9 janvier 2015

SOUMISSION:IMPOSSIBLE



SOUMISSION:IMPOSSIBLE
Thierry Falissard
   
 

Avant même de sortir en librairie (n’est pas piraté qui veut), le roman « Soumission » de Houellebecq a beaucoup fait parler de lui. 

Pour certains critiques, il s’agit là d’une œuvre aussi grandiose que le 1984 d’Orwell ; pour d’autres c’est une simple provocation qui n’a rien de visionnaire. Si vous voulez vous en épargner la lecture, notre article tombe à point pour vous en donner les grandes lignes.

On a donc un récit à la première personne. Au centre, le héros, un intellectuel parisien de la rive gauche − davantage XIIIe arrondissement que Saint-Sulpice (comme on le voit, l’axe est d’emblée déplacé vers l’Orient). C’est un littéraire aussi talentueux que nombriliste, qui à Bloy l’imprécateur préfère Huysmans le décadent (dont il est amené, de par sa compétence sur le sujet, à préfacer les œuvres complètes dans la Pléiade). Le lecteur appréciera peut-être, ici et là, un humour houellebecquien assez facile, entre ruminations et supputations, poltronnerie et veulerie :

« En vieillissant, je me rapprochais moi-même de Nietzsche, comme c'est sans doute inévitable quand on a des problèmes de plomberie... »

« Je ne connaissais à vrai dire à peu près rien du Sud-ouest, sinon que c’est une région où l’on mange du confit de canard ; et le confit de canard me paraissait peu compatible avec la guerre civile. Enfin, je pouvais me tromper. »

Autour du héros, un paysage électoral inédit. L’élection présidentielle de 2022 conduit droite et gauche, pour faire barrage à l’extrême-droite, à s’unir dans un « front républicain élargi » pour s’allier au candidat musulman dit « modéré », en bonne position pour le second tour. Ce dernier gagne l’élection en s’étant habilement placé sur le terrain des valeurs, prônant « la restauration de la famille, de la morale traditionnelle et implicitement du patriarcat », rassurant la droite et les catholiques, sans que ni la gauche antiraciste ni les identitaires marginalisés puissent s’y opposer en quelque façon que ce soit. Les musulmans affirment d’ailleurs, comme partisans du distributivisme, n’avoir aucune divergence avec la gauche, le seul point d’achoppement avec elle étant l’éducation, domaine où ils ont des idées bien arrêtées. Aussi, l’élection est couronnée par le choix judicieux de Bayrou comme premier ministre, prime bien méritée à l’opportunisme politique − qu’importent les idées pourvu qu’on ait le poste... En somme, la France continue à être gouvernée au centre, comme elle l’a presque toujours été.

Le récit étant marqué par la subjectivité du narrateur et par son nihilisme jouisseur, on ne peut que deviner les événements politiques qui surviennent en arrière-plan, suggérés sans trop de précision (ce n’est pas un roman de politique-suspense). Tout ce qu’on peut en dire est que tout se passe quasiment sans accroc. Le candidat, à défaut d’être « normal » au sens hollandien, a été normalement élu et applique normalement son programme. Avec succès et diligence, car bien vite, entre autres réussites, il supprime le chômage (ce qui est d’autant plus facile que les femmes n'ont plus le droit de travailler), et rallie à sa cause les enseignants, tout autant piliers du système que sous le socialisme (l'université islamique multiplie par trois leur salaire, avec le soutien des pays du Golfe − foin de la laïcité ! −). Il entame même un élargissement de l'Europe aux pays du Maghreb... 

Comment en est-on arrivé là ? Bien opportunément, c’est un antilibéralisme peu nuancé, bien français, qui arrive à la rescousse pour fournir une explication à cette islamisation de la société. L’analyse de l’auteur semble être la suivante. Le libéralisme aurait détruit la société traditionnelle mais aurait buté sur deux réalités sur lesquelles il n’avait pas prise : la famille et la démographie. Loin d’être l’émanation d’un anti-occidentalisme violent et fanatique, l'islam est présenté comme l'aboutissement logique de la civilisation occidentale, de ses valeurs matérialistes destructrices des « valeurs traditionnelles »... D’où le retour en force, par effet boomerang, d’une idéologie capable de revigorer la vieille Europe décadente, idéologie devenue hégémonique, que celle-ci accepte avec lassitude et fatalisme (« il arriverait ce qui doit arriver »). Une citation caractéristique, que l’on espère ironique : 

« L'arrivée massive de populations immigrées empreintes d'une culture traditionnelle encore marquée par les hiérarchies naturelles, la soumission de la femme et le respect dû aux anciens constituait une chance historique pour le réarmement moral et familial de l'Europe, ouvrait la perspective d'un nouvel âge d'or pour le vieux continent. »

L’élite française ne devient même pas dhimmie, elle s’adapte comme elle l’a toujours fait, en se convertissant en masse (c'est obligatoire pour enseigner à l'université islamique de la Sorbonne). L'islam étant davantage une orthopraxie qu’une orthodoxie, on ne s’embarrasse pas de formalités compliquées. L’islam c’est jeune, efficace, exotique. On ne sonde pas les cœurs, mais on rallie efficacement les esprits. Le mot « charia » n’est même pas prononcé, sauf au détour d'une phrase, presque par inadvertance, comme composante normale de la nouvelle politique.

Le héros du roman lui-même finit probablement par se convertir à l’islam. C’est facile, et ça rapporte gros : un bon poste à l’Université et plusieurs épouses judicieusement choisies par des marieurs professionnels.

En fin de compte, il semble qu’une majorité de la population (exclusivement masculine, cependant) s’accommode de l’islam, et même y trouve beaucoup d'avantages. Quant aux femmes, elles sont bien peu présentes dans ce roman, la seule qui ait un rôle un tant soit peu important s’expatrie en Israël avant les événements.

Où est la polémique, alors ? Justement, il n’y en a pas ! La polémique n’est pas à l’intérieur du livre, mais en dehors, dans les commentaires et réactions des lecteurs titillés ou révoltés par la peinture plus ou moins réaliste d’une France islamisée. La nonchalance des Occidentaux les mènera-t-elle inexorablement à une soumission devant une religion conquérante, comme le redoutent certains ? Au contraire, les excès de l’islamisme conduiront-ils à la marginalisation ou à la « normalisation » de l’islam, comme il en a été pour le judaïsme dans l’Antiquité ? Impossible de trancher aujourd’hui entre Cassandre et Hérodote, entre l’histoire tragique et l’histoire qui bégaie.

L’anticipation de Soumission est du domaine du possible, à défaut d’être dans celui du probable. Cette extrapolation audacieuse donne en fin de compte un petit roman plus divertissant que stimulant, qui surfe sur l’esprit du temps. On est bien loin du remarquable « Camp des saints » de Raspail (1973), excessif lui aussi, mais où se déployait un insoutenable suspense psychologique devant l’inéluctable. Dans Soumission, l’invasion n’est pas physique comme chez Raspail, elle est mentale ; elle n’est pas repoussée dans un futur angoissant, elle a déjà été réalisée dans les têtes ; elle n’est pas l’œuvre de terroristes sanguinaires qui font l’actualité, mais elle est consentie par une majorité de la population. C’est ce qui rend le livre déroutant : trop en avance sur son temps, ou trop tiré par les cheveux ? On en reparlera en 2022 !

jeudi 3 juillet 2014

Un État gagnant ? L’État abolitionniste !

Un État gagnant ? L’État abolitionniste !
Thierry Falissard (article n° 60 de Libres !!)

« L’État est le maître de mon esprit, il veut que je croie en lui et m’impose un credo, le credo de la légalité. » 

Les libertariens ont des conceptions bien arrêtées de ce que devrait être l’État, selon leurs options éthiques ou ontologiques (principe de non agression, propriété de soi-même, autonomie de la personne, éthique minimale, droit naturel, etc.).

Passons de l’autre côté de la barrière et devenons des étatistes ! Mais des étatistes rationnels, qui voient davantage l’État comme une entreprise utile et responsable – comme toute entreprise à succès – plutôt qu’un moyen de spoliation, de redistribution, d’enrichissement personnel par la corruption, et d’appauvrissement par la démagogie.

Imaginez-vous à la tête d’une de ces entités qu’on appelle « État », ou plutôt que nous appellerons dans sa nouvelle forme un ἐtat, c’est-à-dire un État banalisé, « epsilonisé », rendu à ses missions principales, l’inverse de l’État d’aujourd’hui. Il vous importe à vous, dirigeant et actionnaire, qu’il ne travaille pas à la destruction de la société ni à sa propre destruction, par la dette publique, l’absence de rentabilité, le déficit, la poursuite de missions contradictoires ou sans finalité précise, l’octroi de privilèges, et surtout l’absence de contrôle par ses actionnaires, appelés « contribuables ».

Les citoyens ne contestent pas la légitimité d’un ἐtat, qui existe ipso facto, comme fournisseur de certains services, entre autres de sécurité ; ils ne s’attachent qu’à évaluer les fonctions que rend cette entreprise particulière, en situation (ou non) de monopole. L’ancien État avait des esclaves, le nouvel ἐtat a des clients.

Car les citoyens, politiquement matures, ont perdu l’illusion de la représentation : un ἐtat ne représente que lui-même. Ils ont aussi abandonné l’illusion de l’intérêt général : le seul « intérêt général » qu’ils connaissent est le respect de leurs droits individuels, peu importe qui l’assure et de quelle façon. L’ἐtat n’est pas la nation, bien que l’État d’ancien style prétendît le contraire. A sa tête, il n'y a que les chefs des employés-fonctionnaires, pas les « représentants du peuple ». Par le vote, les électeurs ne donnent aucun chèque en blanc pour être « représentés » et agir en leur nom. Les contribuables ne sont plus un bétail passif mais deviennent des copropriétaires actifs. Ils ont réglé le problème séculaire de l’État, entreprise sans contrôle actionnarial, car tombée entre les mains de ses employés et de leurs chefs.

L’ἐtat est un État désacralisé, au service des citoyens, à rebours de l’État habituel qui exige que les citoyens soient à son service. L’État d’ancien style rendait des services, dits « publics » car le public payait aveuglément pour eux, qu’il utilisât ces services ou non, qu’ils lui plussent ou non… L’ἐtat de nouveau style cherche à rendre le meilleur service : sa rentabilité en dépend. Pour cette raison, il est amené à se recentrer sur son cœur de métier, la coercition, la « violence légitime », le droit du plus fort – mais appliqué le plus judicieusement possible. Car l’ἐtat est évidemment en concurrence, y compris en interne. Ses actionnaires minoritaires pourraient se détourner de lui et former d’autres ἐtats plus adaptés à leurs besoins, selon un principe de subsidiarité.

Examinons à présent la pratique des ἐtats les plus prospères et les plus appréciés du public :
  • ils ont séparé ἐtat et économie, en abandonnant tout interventionnisme économique ; 
  • ils ont répudié la dette courante de l’Etat en faillite dont ils ont hérité ; 
  • ils se sont interdits tout nouvel endettement autre que justifié par des investissements ; 
  • ils ont instauré une liberté monétaire : toute monnaie est acceptée par leur clientèle ; 
  • ils ont séparé l’ἐtat et le social ; l’ancien Etat n’était ni solidaire ni moral, puisque son action reposait sur l’immoralité de l’impôt, vol légal ; 
  • ils ont ouvert en grand les frontières (liberté de circulation complète des personnes, des marchandises et des capitaux) ; faute d’État-providence attractif, l’immigration est modérée et ipso facto « choisie » ; 
  • ils ont laissé disparaître d’eux-mêmes les monopoles de droit qui saignaient le pays et n’avaient aucune raison d’exister. Des dédommagements ont pu être payés à ceux qui profitaient de ces rentes étatiques, en vendant les biens de l’État en faillite. 

En n’imposant qu’un droit minimal, expression de la légitime défense, une grosse partie du droit positif a été abolie, et le reste a été revu à la lumière du principe d’agression minimale : suppression du statut protégé des fonctionnaires (devenus salariés de l’ἐtat, ou prestataires extérieurs), du code du travail, de la sécurité sociale, abolition des lois qui instaurent des inégalités de droit ou limitent la liberté d’expression, suppression de la réserve héréditaire, rejet de la DUDH dans ses aspects antilibéraux, suppression de toutes les formes d’associations non libres, marché libre de l’adoption, etc.

Les secteurs auparavant étatisés, inutiles ou nuisibles, ont disparu (fisc, douane, inspection du travail, répression des fraudes, ministères non régaliens…) ou se sont adaptés : l’Académie française est devenue une association de promotion du français ; les diplomates rendent des services de négociation privés, etc. Chaque ἐtat ne s’occupe que de justice et de sécurité, en laissant tous les autres domaines à des entités plus compétentes que lui.

À qui nous accuserait de vouloir faire passer l’État en des mains privées, nous répondrons que c’est déjà le cas ! L’État actuel est la propriété de ceux qui en ont les rênes, officiellement (politiciens, fonctionnaires) ou officieusement (lobbies, syndicats, associations). Il faudrait le rendre à ses légitimes propriétaires, ceux qui paient pour lui : que les décideurs soient les payeurs, les payeurs les bénéficiaires.

C’est donc une nouvelle façon de considérer l’État que nous proposons : ni un ennemi, ni un représentant, mais un prestataire de services, dont le métier est la coercition, qui est jugé sur ses résultats ; utile dans certaines missions, il est porté à toutes sortes d’abus quand il est monopolistique ou quand son actionnariat est impuissant. Cette perspective futuriste exige du citoyen qu’il abandonne toutes sortes d’illusions, le credo de la légalité, la sacralisation de l’État. Cela prendra peut-être des siècles, mais on passera un jour d’une société d’oppression et de pauvreté à une société de liberté et de prospérité, par abolition des deux principales activités de l’État : l’interventionnisme et l’injustice par la loi.

mardi 27 mai 2014

Blague d'économistes

Plusieurs économistes keynésiens se promènent en ville. Ils trouvent un billet de 100 dollars par terre, mais ils passent leur chemin : 

- Revenons demain, avec le multiplicateur keynésien il y aura 10 billets identiques.


Plusieurs économistes autrichiens se promènent en ville. Ils trouvent un billet de 100 dollars par terre, mais ils passent leur chemin : 


- Ce doit être un faux billet, s’il était vrai il y a longtemps que le marché s’en serait emparé.


Plusieurs économistes mercantilistes se promènent en ville. Ils trouvent un billet de 100 dollars par terre, mais ils passent leur chemin : 


- Ce n’est qu’un papier sans valeur. Seuls les métaux précieux valent quelque chose.
- Et puis nous sommes au XVIe siècle, le dollar n’a pas encore été inventé.


Plusieurs économistes geeks se promènent en ville. Ils trouvent un billet de 100 dollars par terre, mais ils passent leur chemin : 


- J’ai lu dans Facebook et Twitter (confirmé par Hoaxbuster) que tous les substituts papiers à Bitcoin n’étaient qu’un « Ponzi scheme ». Ne nourrissons pas le troll et laissons-le avec son spam.


Plusieurs économistes marxistes se promènent en ville. Ils trouvent un billet de 100 dollars par terre, ils s’arrêtent et le ramassent : 


- En tant que représentants du prolétariat, il est de notre devoir d’empêcher l’accaparement par les exploiteurs et de redistribuer équitablement la richesse aux pauvres, à commencer par nous. 


Paul Krugman se promène en ville. Il s’arrête à l’endroit où se trouvait le billet et dit : 


- Pour relancer l’économie, il suffirait que la banque centrale imprime un billet de 100 dollars et le dépose là !

mardi 13 mai 2014

La jalousie sociale, selon Ron Paul


La jalousie sociale ("Envy", Liberty Defined, Ron Paul, 2011)
Traduction Thierry Falissard

L'envie, la jalousie sociale, est une forme douloureuse de sensibilité au bien-être d'autrui. Elle est généralement associée au désir de mettre fin à ce bonheur par différents moyens. Aussi est-elle pire que la simple jalousie, qui consiste à désirer ce que possède autrui. La jalousie sociale, par dépit et par haine, cherche à déposséder autrui de ce qu'il a ; elle est motivée par un désir de destruction. C'est une émotion extrêmement nocive, qui ne peut procurer de bonheur personnel et qui cause forcément un préjudice à la société. Laisser libre cours à la jalousie sociale ne parvient qu'à satisfaire une sorte de soif à souhaiter du mal à autrui. Toutes les religions du monde condamnent cette pulsion. L'envie est l'un des sept péchés capitaux ; nous apprenons à nos enfants à ne pas la ressentir. Rien de bon ne peut en émaner.

Je soulève la question dans notre contexte politique, car la jalousie sociale est une des forces motrices de la politique de redistribution des États-Unis ; ce sentiment et cette motivation s'étalent tous les jours dans les éditoriaux des journaux. C'est le motif secret qui anime les attaques incessantes contre les riches chaque jour à Washington, ville dont la population comprend quelques-unes des personnes les plus aisées de tout le pays. Le sentiment à l'œuvre derrière les attaques contre les riches (ceux qui le sont devenus honnêtement), le sentiment que ces attaques cherchent à susciter au sein de la population, est la jalousie sociale.

On l'appelle parfois le monstre aux yeux verts[1]. Beaucoup de traditions religieuses ont donné des charmes et des méthodes pour la conjurer. C'est parce que les envieux ne reculent devant rien pour atteindre leur but de nuire à ceux qui réussissent, même si ce faisant ils se nuisent à eux-mêmes. Les politiques motivées par la jalousie sociale, comme l'impôt sur le revenu à taux progressif ou l'impôt sur les successions, ne bénéficient pas à la société. Ils recueillent sans doute moins de fonds qu'avec une taxation qui serait faible et favorable à la production globale. Mais de telles politiques ne ratent pas leur but, qui est de nuire à ceux qui sont riches et qui ont du succès.

La pratique privée de la jalousie sociale a des conséquences dangereuses pour la société. Les gens ont peur de conduire une belle voiture ou de vivre dans une belle maison, parce que de tels comportements peuvent susciter des représailles. Il en est de même pour la politique mise en œuvre par  l'État. Des politiques qui reposent sur la jalousie sociale découragent l'accumulation de richesse, punissent le succès, et conduisent les gens à se détourner de grandes ambitions. Les personnes qui auraient pu chercher à devenir riches y réfléchissent à deux fois, sachant très bien que la force de la loi les guette pour écraser leur succès.

La haine est toujours nocive pour l'âme, mais haïr une personne ou une catégorie de personnes parce qu'elles ont bien réussi est encore plus nocif. Et c'est précisément la finalité des politiques destinées uniquement à punir les gens qui gagnent de l'argent ou qui ont un niveau de vie élevé. Il en est ainsi depuis très longtemps. Cela me frappe comme une forme d'immoralité institutionnalisée. Dans des conditions idéales, notre législation devrait nous conduire à donner le meilleur de nous-mêmes, en faisant toujours appel aux plus hautes motivations de notre nature. Tandis que des politiques qui nuisent aux gens uniquement parce que ce sont des gagnants font appel à nos plus bas instincts.

Il est assez difficile pour les gens d'être confrontés au succès, surtout dans un contexte de marché où la rentabilité découle de qualités supérieures comme l'anticipation, la prudence ou le bon sens. Nous devrions apprendre à fêter le succès ou, comme le disaient les philosophes antiques, apprendre à nous inspirer du succès d'autrui. Nous devrions essayer de copier le succès, pas de le punir. C'est la façon de faire américaine, et c'est l'une des principales raisons de la richesse et du succès des citoyens de ce pays.

Il en est de même en politique internationale. Nous n'avons pas à être le numéro un ni à considérer chaque pays qui réussit (pensez à la Chine) comme une menace avec laquelle il faudrait se colleter bec et ongles. Dans une véritable économie de marché, le gain ne s'effectue aux dépens de personne. Nous pouvons gagner tous ensemble, à condition de garder à distance le monstre aux yeux verts.


[1] Ce Green-Eyed Monster est une expression anglaise, issue probablement de l'Othello de Shakespeare : « Oh ! prenez garde, monseigneur, à la jalousie ! C'est le monstre aux yeux verts qui produit l'aliment dont il se nourrit ! » (acte III, scène 3).