jeudi 24 janvier 2013

Le keynésianisme selon Ron Paul



Le keynésianisme ("Keynesianism", Liberty Defined, Ron Paul, 2011)
Traduction Thierry Falissard

A travers le monde, les politiques économiques contemporaines ont été fortement influencées par la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, de John Maynard Keynes, publiée en 1936. Beaucoup pensent que Keynes a introduit la théorie d’une intervention gouvernementale massive visant à renforcer l'économie. Ludwig von Mises, lui, fit remarquer que Keynes n'avait en fait avancé aucune idée nouvelle. Les prescriptions de Keynes pour sortir de la Grande Dépression des années 1930 existaient depuis fort longtemps, et en réalité ce sont ces idées qui nous ont plongés dans la Dépression. En 1936, elles avaient déjà fait beaucoup de mal aux États-Unis et à l'économie mondiale.

Mais quelque chose a changé avec la publication de la Théorie générale. Keynes a fourni aux gouvernements du monde entier des arguments d’apparence scientifique pour accomplir ce qu’ils voulaient réaliser de toute façon. Devenue la théorie économique officielle du monde entier, l'interventionnisme étatique a été bien accueilli par tous les politiciens, si l’on excepte les interventionnistes les plus radicaux qui prônent le socialisme pur et simple, le communisme ou le fascisme. Effectivement, cela fait des millénaires que l’on connaît l'inflation, le contrôle des prix, et les contrôles gouvernementaux.

Mises expliquait le succès de Keynes par le fait que ceux qui pratiquaient déjà l’interventionnisme en économie ont cru que Keynes leur fournissait une explication « scientifique » pour faire ce qu'ils faisaient déjà.

Nos dirigeants économiques et politiques ont tenu à supprimer les restrictions à la croissance de l'appareil d'État que les marchés libres et l'étalon-or leur avaient imposées. Ils ont été encouragés dans leurs efforts par cette justification « scientifique » qui venait soutenir leur volonté de faire gérer par le gouvernement tous les secteurs de l'économie. L’état désastreux de l'économie dans les années 1930 alimentait une peur suffisante pour intimider les gens et leur faire accepter les promesses des partisans du New Deal, tout en les aveuglant sur les atteintes infligées à leurs libertés.

Franklin Roosevelt pratiquait en fait la psychologie inversée pour apprendre aux Américains à craindre la « peur » elle-même ; il a tout mis en œuvre pour générer davantage de peur. Les économistes de libre marché de l’Ecole autrichienne avaient déjà expliqué le cycle d'expansion et de récession et prédit l'apparition de la dépression ; par conséquent, il fallait les discréditer pour instaurer une ère d'assistanat, de politiques inflationnistes et de bellicisme.

Le plus triste est que les keynésiens ont remporté la victoire au plan des arguments intellectuels et politiques, même si le système qu'ils ont conçu est voué à l'échec et avait déjà été mis en œuvre  auparavant à de nombreuses reprises.

La bonne nouvelle est que tous les défauts et toutes les erreurs d'une économie gérée de façon centralisée sont en train de devenir patents, même s’il a fallu pour cela une correction remarquablement douloureuse. Bien que Washington n'ait pas encore saisi la réalité de l'échec des politiques économiques des quatre-vingts dernières années, le peuple américain à la base a une opinion bien différente. Beaucoup avaient espéré que l'échec en 1989-1990 de l'interventionnisme économique radical, tel que pratiqué par les communistes chinois et soviétiques, ouvrirait la voie à une ère de libre marché et de liberté individuelle. Cela ne s'est pas produit, et à la place nous avons dans le monde entier un soutien plus important en faveur des politiques keynésiennes, politiques qui perpétuent la théorie selon laquelle la planification économique centrale est nécessaire pour soutenir la croissance économique. On a pensé qu’il suffisait de supprimer le militarisme lié au communisme et au national-socialisme (ou au fascisme) pour que le peuple accepte la planification économique.

L’incapacité à reconnaître les lacunes du commerce réglementé, des politiques inflationnistes et de la gestion macroéconomique, et l’incapacité à reconnaître le danger d’avoir un pouvoir qui s'érige en protecteur en dernier ressort de toutes les activités économiques, ont permis le développement d’une bulle économique beaucoup plus grande. Cette bulle économique mondiale qui vit ses derniers instants doit être comprise si l’on veut réfuter les idées fausses qui ont conduit à sa création.

Que les secteurs publics et privés dépensent de l'argent emprunté n'est pas une panacée, comme le prétendent les keynésiens. Dépenser de l'argent dans des plans de sauvetage, soutenir de mauvais investissements, emprunter et gonfler la masse monétaire, tout cela ne peut produire une croissance économique saine. La dette finit par consommer la richesse fictive construite sur le sable, richesse qui faisait croire fallacieusement aux hommes politiques, à l’homme de la rue et à l’homme du monde des affaires, qu’ils assistaient à une croissance économique réelle. L’emprunt public et la dépense publique ne constituent pas la solution, mais le problème. La production et l'épargne sont les sources d’une croissance économique saine ; c’est là une politique que les keynésiens contestent de façon inconsidérée. 

Mettre l’accent sur la dépense et sur l'emprunt sous-entend que les problèmes liés à l'emprunt, à l'inflation, et aux causes du cycle économique n’ont pas besoin d’être traités. Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, comme tous les présidents de la Réserve fédérale, reproche fréquemment au Congrès américain de faire du déficit budgétaire, mais en même temps il affirme que les déficits sont justifiés en période de récession et de guerre, deux choses qui tendent à s’éterniser.

Toutes ces clameurs et cette esbroufe contre les déficits détournent l'attention des gens de la question de savoir si la Fed a une quelconque idée des taux d'intérêt et de la masse monétaire qui seraient nécessaires pour générer une croissance économique saine. Le fait est que, sans une Réserve fédérale pour traiter le déficit budgétaire par l'inflation monétaire, on ne pourrait pratiquement pas avoir de déficits importants. Bien que de nombreux économistes du courant majoritaire admettent maintenant que les taux d'intérêt ont été maintenus trop bas trop longtemps entre 2000 et 2008, ils croient néanmoins qu’avoir des taux d'intérêt encore plus bas, et ceci indéfiniment, est la réponse keynésienne à une récession créée en fait par l’idéologie keynésienne !

Pendant un certain temps, de façon temporaire, la politique d’inflation monétaire en période de récession peut soutenir le gonflement de la bulle. De 1971 à 2000, cela a marché dans une certaine mesure à différentes périodes, mais sur les dix dernières années la dépense et la création de monnaie n'ont pas redynamisé une économie en cours de ralentissement. L'idée que l’on peut s’enrichir sans effort productif est un mythe keynésien. C'est ce mythe qui trompe la Fed en lui faisant croire qu'elle peut créer du capital en un clic d'ordinateur et qu'elle peut rejeter l'idée que le véritable capital ne peut venir que de la production et de l'épargne.

Ce mythe perpétue l'idée que le gouvernement et les citoyens peuvent vivre au-delà de leurs moyens sans jamais être forcés de vivre en dessous de leurs moyens. La dépendance aux programmes de relance gouvernementaux, payés avec l'argent des déficits et de la création monétaire, devient une toxicomanie économique. Plus la dépendance durera, plus grande devra être la dose requise pour soulager temporairement les symptômes indésirables de la nécessaire correction.

Les politiciens sont incapables de supporter les signes avant-coureurs qui précèdent un arrêt ou même une pause dans les politiques de dépense à outrance, d’emprunt, et d'inflation monétaire. Le message que les marchés envoient aujourd'hui, c'est que l'ère de la planification économique centrale d’inspiration keynésienne est terminée.

La crise de 2008 et ses conséquences ont constitué un événement mondial, du fait que le monde a accepté le dollar comme monnaie de réserve et que toutes les économies sont liées à sa valeur et donc à l'état de notre économie ; le maintien d'une hégémonie mondiale permet également de soutenir le dollar. L'échec du keynésianisme est lié à la croyance qu’en économie la planification centrale est réalisable, que les dépenses sont la panacée, que l'emprunt est illimité, que les déficits n'ont pas d'importance, et que les gouvernements peuvent résoudre tous nos problèmes. Tout ce que l'on a à faire est d'écouter les Paul Krugman du moment. C'est pour moi incroyable, mais apparemment cet homme croit réellement aux idées qu’il avance. Il a tout gobé du keynésianisme sans aucun discernement.

Pour rejeter les promesses en l’air du keynésianisme, il faudrait rejeter les objectifs autoritaires d'assistanat et de bellicisme à peu de frais. Mais c'est trop demander à l'heure actuelle. Cela ne se produira pas de façon délibérée chez les keynésiens, mais c’est l’effondrement économique qui y mettra fin. En fin de compte, la seule issue consiste à rejeter carrément toute théorie économique keynésienne et à la remplacer par une approche plus moderne du rôle du gouvernement, qui devrait reposer sur l'argent honnête.

Les dernières phases du système économique et monétaire actuel, qui repose depuis 1971 sur une monnaie dollar imposée par l’État, sont chaque jour de plus en plus apparentes. Les Américains ordinaires ont plusieurs longueurs d’avance sur les dirigeants politiques de Washington. Les Américains moyens sont très conscients de la gravité de nos problèmes et rien ne les fait plus rire que les vieilles lunes que sont l’accroissement des dépenses publiques, les projets gouvernementaux, et la prétention de leurs représentants à leur faire des cadeaux. Quelque chose d'important est actuellement en germe dans notre système politique.

Pourtant, il y a beaucoup de dissensions sur ce qu’il faudrait faire. Se mettre d'accord sur une solution pour chaque problème que nous rencontrons est moins important que de se mettre d'accord sur le principe moral qui définit le rôle du gouvernement dans une société libre. Il reste un nombre important de personnes à Washington dont l'objectif est de nationaliser toute l’économie. Mais ce n’est certainement pas le socialisme que réclament les Américains en colère, maintenant réunis en grand nombre afin d’influer sur le processus politique.

Accepter le principe du libre marché, de l'argent sain et de la propriété privée, reconnaître que l'État-providence et l'État belliciste sont incompatibles avec notre Constitution, tout cela contribuerait beaucoup à la résolution de notre crise économique. Il faudrait pour cela déboulonner toutes les fausses prémisses économiques keynésiennes et comprendre l'importance du rôle de la banque centrale qui vient faciliter la tâche de l’autoritarisme étatique.

Beaucoup de gens croient que le pouvoir peut leur offrir un filet de protection sociale qui soit à toute épreuve, mais il s’agit là d’une illusion politique qui a fait croire à des millions de personnes qu’elles seraient prises en charge en toute circonstance. Il est maintenant évident que toutes les promesses du pouvoir sont suspectes, et des millions d'Américains se rendent compte qu'ils feraient mieux de prendre en main leur avenir et de ne pas dépendre aveuglément des promesses du gouvernement fédéral.

Nous avons pendant des années dissimulé les nombreuses erreurs causées par de fausses promesses et par une économie biaisée par la dépense et des taux d'intérêt artificiellement bas. Malheureusement, la réalité de notre appauvrissement apparaît de plus en plus chaque jour. Voici quelques-unes de ces idées fausses à l’origine de grandes difficultés pour le citoyen américain moyen.


  • ·         Tout le monde peut posséder sa propre résidence grâce à un crédit subprime et à une aide étatique au logement.
  • ·         L'assurance chômage peut indéfiniment fournir un revenu à ceux qui sont sans emploi.
  • ·         L'enseignement est gratuit.
  • ·         Les soins médicaux constituent un droit.
  • ·         Les dépôts bancaires sont en sécurité (mais qu'en est-il de la valeur de cet argent ?) parce que la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) et les prêts assurés seront toujours là pour protéger les déposants en garantissant les dépôts bancaires.
  • ·         Le « capital » est illimité parce qu'il est fourni par la Réserve fédérale, et qu'il ne nécessite pas d'épargne préalable.
  • ·         Le gouvernement peut fournir des assurances (assurance contre l'inondation, assurance hypothécaire, assurance-santé) à des taux inférieurs à ceux du marché − on oublie qu'une fois que l'État offre ce service, il ne s'agit plus d'assurance, mais plutôt d'une prestation sociale.
  • ·         Le PIB peut être augmenté par la dépense publique issue de l'emprunt ou de la création monétaire.
  • ·         Les déficits sont bons, il n'y a aucune inquiétude à avoir.
  • ·         La "Plunge Protection Team" (Equipe de Protection contre les plongeons),  groupe de travail présidentiel sur les marchés financiers, peut empêcher un krach boursier. Elle est conçue pour soutenir Wall Street et soutenir les investissements (ce groupe de travail présidentiel a été mis en place par Ronald Reagan en 1987 par décret pour remédier aux corrections rapides du marché).
  • ·         Les réglementations étatiques rendent les marchés plus sûrs (la SEC, la loi Sarbanes-Oxley, de nouvelles réformes comme celle de la législation Dodd-Frank) même si elles ne font qu'ajouter davantage d'aléa moral et augmenter les coûts, avec un impact sur les prix à la consommation.
  • ·         Le forage pétrolier et l'exploitation minière de la houille sont sans danger parce que l'État accorde des permis et des baux et inspecte les opérations, retirant cette responsabilité aux entreprises et aux employés.
  • ·         L'État est capable de gérer le domaine public et les ressources naturelles.
  • ·         L'OSHA (Occupational Safety and Health Administration) assure la sécurité des travailleurs, et l'EPA (Environmental Protection Agency) protège notre environnement sans que l'on ait à se soucier des coûts générés.
  • ·         Les programmes sociaux aident les pauvres, mais l'aide aux entreprises et l'aide aux pays étrangers engendrent des bénéfices beaucoup plus importants.
  • ·         On ignore le fait que les pauvres souffrent les premiers du ralentissement économique, avec la perte de leur logement, de leur emploi et de leur niveau de vie.
  • ·         La sécurité sociale branche retraite sera toujours là (jusqu'à ce que les baby-boomers prennent leur retraite et que le dollar perde sa valeur).
  • ·         Les impôts sont une bonne chose s'ils sont levés dans un but de « justice ».
  • ·         La DEA (Drug Enforcement Administration), la FDA (Food and Drug Administration) et l'Agence de protection du consommateur assurent la sécurité des citoyens.
  • ·         L'homologation garantit la qualité et protège les consommateurs et les patients.
  • ·         Seul l'État est capable de gérer l' "industrie" autoroutière, cependant plus de 3000 personnes meurent chaque mois dans des accidents.


L'enthousiasme des politiciens de Washington à l'égard de la gestion étatique n'est pas le fait d'un seul parti. La plupart des conservateurs du Congrès ne se considèrent pas comme des partisans de l'économie keynésienne. Mais en réalité, la plupart sont d'ardents défenseurs d'un type spécial de keynésianisme "militaire", tout en restant critiques à l'égard des politiques keynésiennes progressistes de taxation, de dépense et de réglementation de l'économie nationale. Il s'agit d'un autre type de mesures de relance : on dépense de l'argent dans le complexe militaro-industriel plutôt que dans des secteurs purement domestiques, comme les écoles ou les infrastructures.

La plupart des conservateurs, ainsi que de nombreux progressistes et modérés, soutiennent le militarisme et l'occupation de pays étrangers, ce qui leur permet commodément de croire que les dépenses militaires constituent une politique d'emploi "patriotique". Ils veulent protéger la liberté et créer des emplois − une excellente politique, surtout quand les emplois sont localisés dans leurs circonscriptions parlementaires.

Pensez aux clichés que les conservateurs utilisent pour mettre en avant leur propre forme d'étatisme. Ils disent qu'ils veulent protéger notre pétrole, remodeler le Moyen-Orient, rendre le monde "sûr pour la démocratie" [expression de Woodrow Wilson en 1917 avant l'entrée en guerre des États-Unis], se débarrasser des méchants, mener des guerres froides et des guerres chaudes, mener une guerre globale contre le terrorisme, donner un coup d'arrêt à l'islam radical, mettre fin au danger supposé que pose la Corée du Nord, tout cela en condamnant l'étatisme. Incidemment, ces programmes servent avant tout à créer des emplois dans leurs propres circonscriptions.

J'entends constamment l'argument de la création d'emploi comme justification aux dépenses militaires. Les principaux systèmes d'armements sont construits dans différents États, mais les circonscriptions parlementaires recueillent les votes nécessaires pour fabriquer même des armements qui ne servent en rien notre sécurité. Au contraire, la puissance militaire contribue à notre insécurité économique.

Le keynésianisme militaire soutenu par les conservateurs et les progressistes conduit à dépenser l'argent du contribuable à hauteur de montants indécents, qui dépassent maintenant les dépenses militaires de toutes les autres nations réunies. Et les politiciens en sont très fiers. Ils peuvent se vanter de leur « conservatisme », alors qu'ils dépensent comme jamais auparavant. La menace qu'un pays envahisse les États-Unis est strictement nulle, et pourtant nous ne cessons de dépenser massivement en armement. La culture militaire a fait de notre pays le plus gros marchand d'armes au monde, et le plus gros de toute l'histoire.

Détenir autant d'armements, en particulier ceux de nature offensive, ne fait qu'encourager une politique de « guerre préventive » profondément viciée et immorale, « guerre préventive » n'étant qu'une expression pour dire « agression ». Depuis la Seconde Guerre mondiale, dans la plupart des conflits dans le monde, des armements d'origine américaine ont été utilisés des deux côtés, et souvent contre nous.

Le keynésianisme militaire est tout aussi nocif que le keynésianisme domestique. Certes, un certain nombre d'emplois sont créés pour fabriquer des bombes et des missiles, mais seulement au détriment d'autres emplois où le capital serait utilisé de façon plus productive. Fabriquer et faire exploser des missiles et des bombes ne peut augmenter le niveau de vie des citoyens américains ; c'est antiéconomique : cela crée davantage de dettes et aucun avantage pour le citoyen.

Les destructions causées par notre armement requièrent toujours que le contribuable américain paie pour la reconstruction des infrastructures détruites dans les pays que nous occupons. Nous ne pouvons pas nous enrichir avec ce système, mais seulement nous appauvrir, ce que nous sommes en train de découvrir.

Le keynésianisme militaire invite à des politiques mercantilistes. Souvent, nos armées sont à la remorque des investissements entrepreneuriaux partout dans le monde, et c'est ainsi depuis plus d'une centaine d'années. Le général Smedley Butler explique de façon radicale, dans son livre « La guerre est un racket », comment pendant trente-trois ans on l'a dupé en l'obligeant à servir les intérêts des entreprises américaines. Il est bien connu que beaucoup de gens croient que nous sommes au Moyen-Orient pour protéger "notre" pétrole. Lorsque la guerre du Golfe a éclaté, le président Bush a déclaré qu'il nous fallait chasser les Irakiens du Koweït pour protéger "notre" pétrole et les emplois américains.

Il y a quelque chose dans le keynésianisme militaire que je déteste plus encore qu'avec le keynésianisme économique domestique. Trop souvent, je l'ai constaté, l'ambition des conservateurs de poser des limites au pouvoir est rendue caduque par cet attachement idéologique à la dépense militaire sans limite. Il en est ainsi depuis des décennies. C'est précisément cette attitude de soutien inconditionnel des conservateurs à la dépense militaire qui a fait dérailler la soi-disant révolution reaganienne. Même sous administration démocrate, les républicains craignent de trop réduire les dépenses domestiques ; ils s'inquiètent des représailles politiques qui pourraient toucher en retour les dépenses militaires, chose qu'ils ne supporteraient pas.

Le keynésianisme militaire est justifié par la politique étrangère d'occupation, de construction de nation et de guerre préventive. Des innocents meurent, la propriété est détruite, et le monde est rendu plus dangereux. Accumuler les déficits en dépenses d'aide sociale dans notre pays ne rend certes pas notre économie plus forte, et n'est en rien bénéfique aux pauvres à long terme, mais au moins cela ne repose pas sur la promotion de la violence pour des raisons diverses et variées, ni sur un risque d'escalade de ces petits conflits que les autorités planifient continuellement à l'étranger.

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Higgs, Robert. 2006. Depression, War, and Cold War: Studies in Political Economy. New York: Oxford University Press.

Mises, Ludwig von. [1919] 2009. Nation, State, and Economy. Indianapolis: Liberty Fund.

Woods, Thomas. 2009. Meltdown: A Free-Market Look at Why the Stock Market Collapsed, the Economy Tanked, and Government Bailouts Will Make Things Worse. Washington, DC: Regnery Publishing.

jeudi 20 décembre 2012

Eux aussi votent avec leurs pieds : ils quittent la Sécu !



Eux aussi votent avec leurs pieds : ils quittent la Sécu !
La mort définitive du "modèle" social français

Longtemps Claude Reichman est passé pour un Don Quichotte, un illuminé qui proclamait un peu partout, dans les journaux, à la radio et sur Internet, la fin du monopole de la Sécurité sociale française.

Longtemps on ne l'a pas pris au sérieux (y compris parmi les soi-disant "libéraux" en peau de lapin qui ont joué contre leur camp), jusqu'à ce que plusieurs milliers de personnes (8000 ?) aient mis en pratique ses conseils pour sortir du carcan français. Remplacer les cotisations sociales par une assurance privée a permis à ces quelques privilégiés d'économiser des dizaines de milliers d'€ chaque année. Des cabinets, des entreprises, des exploitations familiales ont été ainsi sauvés de la ruine.

Comme le système franco-soviétique actuel ne repose que sur la coercition et sur l'endettement public (on emprunte y compris pour payer les retraites !), il suffit d'un petit pourcentage de dissidents pour signer son écroulement définitif. C'est ce qui se produira dans les mois ou les années qui viennent (si la France n'a pas fait faillite auparavant par incapacité à se refinancer sur les marchés).

La conférence qu'ont donnée le 15 décembre dernier Claude Reichman et Maître Ana Cristina Coïmbra, avocate à la Cour, peut être écoutée en déchargeant le fichier audio (durée 2h30). Cette conférence concernait surtout les médecins, mais les informations données sont valables pour tous les indépendants, professions libérales, commerçants, agriculteurs, etc. Seuls les salariés restent contraints par leur employeur, puisque c'est ce dernier qui verse les cotisations prélevées sur le salaire complet, l'antisoviétisme n'étant pas précisément la marque des employeurs, souvent bien frileux face aux "autorités".

Durant la première heure de la conférence, Claude Reichman a rappelé tout l'historique de son combat. On y apprend comment toutes les autorités politiques, de droite comme de gauche, se sont opposées autant qu'elles ont pu à l'instauration d'une liberté de la protection sociale pourtant inscrite dans les textes de loi. La violation du droit communautaire en France dure depuis 20 ans, le seul but étant de perpétuer ce véritable tabou, ce mythe d'une Sécurité sociale solidaire "que le monde entier nous envie". Une chape de plomb s'est abattue sur cette nouvelle dissidence. Les rares magistrats qui ont appliqué les directives communautaires, et ont donc donné raison aux dissidents, ont été sanctionnés. Le mensonge a été colporté de façon éhontée par ceux-là mêmes qui étaient chargés de faire respecter le droit.

Aujourd'hui, il est pourtant possible, et même relativement aisé, de quitter la Sécurité sociale, au moins pour ce qui concerne la branche maladie (c'est le plus facile, et le plus immédiatement "gratifiant" : les gains pour un médecin sont souvent de 20000 à 40000 € par an, ce qui paie largement d'éventuels frais d'avocat, 10 fois moindres). Les gens bien informés "en haut lieu" savent à quoi s'en tenir. Les employés des URSSAF ou du RSI n'hésitent d'ailleurs pas à le dire en "off" : « Allez-y ! De toute façon on ne pourra pas gérer des milliers de contentieux. »

Quelques phrases des conférenciers relevées au cours de cette longue conférence :

- N'oubliez pas que vous avez contre vous des intérêts puissants : les syndicats, les caisses, les assistés. Si c'était facile, tout le monde le ferait (ce qui est bien notre objectif). Mais il y aura un jour un basculement sous la pression publique.

- Nous sommes dans un système qui est en train de tomber. En haut lieu, c'est la panique. L'effondrement de la SS va se produire inéluctablement. La France aurait pu diminuer les prélèvements obligatoires depuis 20 ans ; à présent c'est trop tard, il faut se sauver individuellement, demain ce ne sera plus possible.

- La règle de base est de tout contester (par recommandé AR). En face on ne cherche qu'à vous piéger. Discuter avec la partie adverse revient à ne pas contester et, les délais épuisés, la situation devient irrattrapable. Ainsi, une contrainte par huissier devient exécutoire si elle n'est pas contestée dans les 15 jours par une procédure devant le TASS.

- Pour les indépendants c'est simple : il suffit de ne pas payer. De plus, en matière sociale, la représentation par avocat n'est pas obligatoire.

- 100% de ceux qui ont essayé - avec dès le début un bon avocat ou le MLPS - ont réussi. Les échecs viennent de ceux qui veulent agir par eux-mêmes et font une erreur.

- Faut-il se rendre insolvable au préalable ? Non, il faut se rendre insaisissable. Ouvrir un compte à l'étranger (ce qui est permis légalement), car les banques françaises obéissent au pouvoir (rappelez-vous du corralito argentin). De plus, il vaut mieux prendre une banque qui ne soit pas une succursale d'une banque française.

mercredi 19 décembre 2012

La « grève » morale de Gérard Depardieu

La « grève » morale de Gérard Depardieu, Mathieu Laine (Source: Le Figaro)

« Je pars parce que vous considérez que le succès, la création, le talent, en fait, la différence, doivent être sanctionnés ». En prononçant ces mots, Gérard Depardieu est devenu notre John Galt gaulois. « Qui est John Galt ? ». C’est précisément la question que posent sans cesse les héros énigmatiques d’un roman magistral, La Grève (Les Belles Lettres, 2011), que Gérard Depardieu et l’ensemble de ceux qui le comprennent et le soutiennent doivent lire au plus vite.

John Galt est un génial inventeur, créateur et philosophe qui, dans ce célèbre roman vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, se rebelle contre l’interventionnisme galopant d’un Etat oppressant et la compression des talents qu’il implique. Il emmène avec lui l’ensemble des innovateurs, des entrepreneurs, des génies de la culture et des arts qui refusent, comme lui, d’entretenir un système et des hommes politiques qui non seulement pompent leur énergie, s’accaparent une grande partie des fruits de leurs efforts, mais les pointent aussi du doigt, les menacent, et finissent, après les avoir spoliés, par les insulter.

Tous ces talents qu’on harcèle, qu’on bride et qu’on invective disparaissent littéralement. Ils font la grève. « Il y a une différence entre notre grève et toutes celles que vous avez menées pendant des siècles. Notre grève ne consiste pas à formuler des revendications, mais à les satisfaire. Nous sommes mauvais, selon vos principes : nous avons choisi de ne pas vous nuire plus longtemps. Nous sommes inutiles, d’après vos théories économiques : nous avons décidé de ne pas vous exploiter davantage ». Et c’est ainsi que, John Galt et ses disciples ayant quitté la scène, le moteur du socialisme s’arrête. La prise de conscience est radicale. Mais il est trop tard. Trop tard pour comprendre qu’en affaiblissant les hommes et les femmes qui réussissent, en tuant les incitations individuelles au dépassement de soi et à l’innovation, c’est toute la société qui s’effondre.

Cette révolte est morale. Elle est fondée et justifiée sur le plan éthique. « Nous sommes en grève contre l’auto-immolation. Nous sommes en grève contre le principe des récompenses imméritées et des obligations sans contrepartie. Nous sommes en grève contre la doctrine qui condamne la poursuite du bonheur personnel. Nous sommes en grève contre le dogme selon lequel toute vie est entachée de culpabilité ».

Ayn Rand, l’auteur d’origine russe de ce best-seller mondial, intitulé Atlas Shrugged en anglais (car Atlas, portant le monde, se révolte en secouant les épaules) a écrit sa prophétie en… 1957. Il aura fallu attendre 2011 pour que la France soit l’un des derniers pays à le traduire. Celle-ci vient cependant à point nommé, dans une France malade de son interventionnisme et de sa pression fiscale, qui n’ont cessé de croitre sous Nicolas Sarkozy comme sous François Hollande.

Sans même compter le délire des 75% et les chiffres effondrants avancés par notre Cyrano national, sentant monter jusqu’à son nez l’insoutenable captation, la véritable tranche marginale de l’impôt sur le revenu atteint désormais 64%, avec une tranche marginale officielle à 45% à laquelle il faut ajouter une surtaxe de 3% pour les revenus supérieurs à 250 000 EUR et des prélèvements sociaux de 15,5%. En Allemagne, on est à 27% !

Lisez Alberto Alesina, ce professeur de Harvard qui vient de démontrer à nouveau combien il est préférable de baisser les dépenses que d’augmenter les impôts pour relancer la croissance et l’emploi. Découvrez, au lieu de les tenir à distance, tous ceux qui, avant lui, ont compris et démontré les méfaits de l’hyper-impôt et l’élan libérateur, notamment sur le point fondamental de la solidarité et de la lutte contre la pauvreté, d’un changement de cap radical. L’innovation politique est là, la France ne l’ayant jamais tentée. Mieux encore : ceux qui ont essayé ont toujours été réélus. Voilà qui devrait convaincre.

Mais le plus pénible, et le plus inquiétant, est sans doute la montée de ce moralisme fiscal nauséabond, cette mise en fiches puantes, nominatives et dégradantes, de ceux qui ne font, pardonnez-leur, qu’exercer leur liberté inaliénable de circuler, après avoir osé penser, créer, inventer, et recruter. Que l’on soit riche ou pauvre, on ne quitte jamais son pays sans tristesse. La sécurité que l’on poursuit, et la liberté que l’on espère, ont cependant parfois plus de prix que ce déchirement intérieur.

Mais au Carnavalgrad des joli-pensants, l’escroquerie du Bien risque encore longtemps de faire office d’hymne national. A ceux-là, et surtout aux artistes en quête de popularité, osons leur dire : plutôt que de juger, d’insulter et d’ironiser, donnez, non des leçons, mais votre argent. Dépassez les 75%, puisque vous y croyez tellement. L’impôt volontaire existe. Il devrait être facilité. Ainsi, toutes les libertés seront respectées.

Mathieu Laine est président d’Altermind, enseigne à Sciences-Po et vient de publier le Dictionnaire du libéralisme (Larousse, 2012)

dimanche 9 décembre 2012

Faut-il avoir peur du libéralisme ? - le livre

Après avoir été refusé par un éditeur suisse horrifié qu'on puisse être aussi libéral, puis publié quelques années sur la plate-forme Knol de Google avant que celle-ci ne ferme, c'est finalement l'Institut Coppet et la Main invisible qui ont mis la main à la pâte... Le livre est donc lisible ici : Faut-il avoir peur du libéralisme ?.

vendredi 16 novembre 2012

Mouvement pour la Liberté - Ad majorem libertatem in Helvetiā !

Tout comme Pierre Chappaz dans son récent billet (Création du Mouvement pour la Liberté), je salue l'arrivée de ce nouveau "think tank" dans le paysage suisse, suite à l'assemblée qui s'est tenue le mercredi 14 novembre à Lausanne - j'y étais, et j'ai pu y rencontrer aussi bien les "anciens" (outre Pierre Chappaz, de Genève : Francis Richard, d'Ouchy, Alphonse Crespo, de Vevey) et les "jeunes" qui lancent ce mouvement, présidé par Roberto Fucile.

Qu'attendre de ce mouvement libéral suisse ? Qu'il agisse "ad libertatem", c'est-à-dire en faveur de toutes les libertés, la seule limite à la liberté étant l'agression d'autrui, ce qui en fait un concept bien précis, très concret, loin du vague fourre-tout politique à géométrie variable qu'entretiennent à dessein les partis de droite et de gauche.

La Suisse est réellement contaminée par le collectivisme technocratique de l'Union européenne, ce soviétisme rampant si bien dénoncé par Vladimir Boukovsky ("J'ai vécu dans votre futur, et ça n'a pas marché").

Par exemple, la Suisse aurait une "stratégie de l'argent propre" concernant l'évasion fiscale. Elle est donc décidée à faire une croix sur ce qui fut une manne pendant des décennies, ce qui est, comme l'explique bien Myret Zaki, tout bénéfice pour ses concurrents anglo-saxons, Etats-Unis, Royaume-Uni, sans compter les Asiatiques (Singapour, Hong-Kong), toutes ces places financières prospères que l'angélisme bizarre des politiciens suisses doit bien faire sourire. Les Suisses ont su résister aux Nazis, mais pas aux médiocres Merkel-Sarkozy...

Les velléités de caisse maladie unique qui refont surface de temps à autre seront aussi un motif de combat légitime. Car de nombreux Suisses "suissidaires" veulent casser ce qui ne marche pas trop mal pour le remplacer par l'usine à gaz soviétique franchouillarde, la trop fameuse sinistre SS qui suce véritablement la substance du pays.

Le Mouvement pour la Liberté, avec les autres think tanks libéraux, pourrait soutenir l'initiative de franc-or suisse, seul moyen pratique d'endiguer la hausse du franc suisse par rapport aux monnaies de singe du reste du monde, ce qui nécessite de changer l'article 99 de la Constitution (un article étrange, sans doute l’œuvre d'un politicien retors, qui dit que le franc suisse doit reposer sur l'or, mais sans indiquer dans quelle proportion !).

Je participerai sans doute aux activités du Mouvement pour la Liberté, principalement via des articles ou des analyses. Longue vie au petit nouveau !

jeudi 18 octobre 2012

La Sécurité sociale mise en concurrence

La Sécurité sociale mise en concurrence



« Chaque gouvernement a eu son projet de réforme de la Sécurité sociale ; ils ont tous échoué. Ce n’est pas un hasard, car c’est le principe qui est mauvais. Ce qui signifie que l’on mette un terme au monopole de la Sécurité sociale. » – Philippe Simonnot



C
haque fois que l’État sort de ses attributions régaliennes pour prendre en charge des fonctions par nature mieux assurées par la société civile, des catastrophes s’ensuivent. La Sécurité sociale à la française, c’est une dette de plus de 130 milliards d’euros, des déficits renouvelés, des déremboursements continuels, des cotisations toujours en augmentation, des prix administrés, des retraites menacées, des abus incessants, des contraintes absurdes tant envers les professionnels qu’envers les prétendus « assurés sociaux ».

C’est d’abord l’institutionnalisation de l’irresponsabilité, car l’assuré, ou plutôt le bien nommé « assujetti », n’a aucun choix :
·   Il doit sacrifier une partie du fruit de son travail à ce gouffre financier en y contribuant de façon aveugle, qui plus est à un coût très élevé si l’on veut bien se donner la peine de comparer les montants déboursés par le patron et ce qui reste in fine au salarié ;
·   Il doit en contrepartie accepter les « prestations » telles qu’elles sont, non contractuelles et déconnectées des cotisations, sans possibilité pour lui de faire jouer la concurrence ni de sortir du système.

Le peu d’esprit mutualiste qui était présent à l’origine de l’institution, tout à fait respectable puisque fondé sur le consentement des personnes, a été complètement dénaturé et étouffé sous la coercition, la bureaucratie, la réglementation administrative, le rafistolage perpétuel du système et le recours à l’endettement comme solution à tous les dysfonctionnements. Ce système apparemment si généreux (en réalité arbitraire et déresponsabilisant) ne tient que grâce aux déficits accumulés, que devront régler les générations futures.

Cette bien mal-nommée Sécurité sociale a été construite et gérée comme si ses ressources étaient illimitées et permettaient de réaliser l’utopie communiste du « à chacun selon ses besoins », et comme si l’on pouvait vivre au jour le jour en tirant immédiatement parti pour soi-même de la spoliation de son voisin. Heureusement que la même prétention planificatrice et totalisante n’a pas trouvé le même champ d’application dans le domaine de l’alimentation ou de l’agriculture, sans quoi pénuries, gaspillages et disettes seraient aujourd’hui la norme, comme autrefois dans les pays de l’Est.

Il nous paraît donc étrange, sauf à être un profiteur du système ou un technocrate qui en vit, de présenter comme un « acquis social » ce monopole imposé à partir de 1945, qui ne survit que par la contrainte et le déficit, et qui freine la croissance et le progrès. Mais il n’y a pas de raison de s’obstiner dans la poursuite de la catastrophe ni d’attendre la faillite finale, inéluctable, pour agir dès aujourd’hui.

Un tel aveuglement serait d’autant plus inexcusable qu’il existe sur le marché une offre très vaste en matière de traitement du « risque social », qu’il s’agisse d’assurance maladie, de chômage, d’accidents du travail ou de vieillesse. L’obligation d’assurance pourrait être conservée (pour éviter de mettre le non-assuré à la charge de la communauté), mais l’offre d’assurance serait libre et l’assuré pourrait comparer les contrats par lui-même, et opter selon sa situation. Les caisses actuelles pourraient tout à fait continuer à exister, puisqu’elles sont déjà de droit privé (lors de la création de la Sécurité sociale, il y eut une volonté claire de construire une organisation parallèle à celle de l’État) ; elles seraient en concurrence avec les autres mutuelles, les assurances et les organismes de prévoyance. Les salariés toucheraient leur salaire complet, celui que débourse l’employeur, et qui leur est intégralement dû, libre à eux ensuite de choisir leur assurance.

Le cas des retraites est plus délicat à traiter. Les hommes politiques du XXe siècle ont choisi la facilité en forçant le passage de la capitalisation (déjà bien développée avant 1945) à la répartition. Or la répartition est une escroquerie, car elle équivaut au mieux à un placement à 0 %, faute d’un nombre suffisant d’actifs cotisants rapporté au nombre de retraités. Elle pénalise la jeunesse, qui paie les pensions actuelles, jeunesse qui n’a aucune chance de retrouver un jour, l’âge de la retraite venu, l’équivalent de ce qu’elle a versé. Il faudra donc envisager un passage progressif de la répartition à la capitalisation, ce qui a été réalisé avec succès dans certains pays (comme au Chili avec José Piñera).

Il se trouve que la législation française actuelle est tout à fait préparée à la fin du monopole pour toutes les branches de la Sécurité sociale. En effet, l’acte unique européen de 1992 instaurait un marché unique et la fin des monopoles sociaux (car il était impensable d’obliger un Européen voulant s’installer en France à résilier ses assurances privées pour « adhérer » au système obligatoire français). Les directives européennes ont été transposées dans la loi française en 2001, et seule la tyrannie du statu quo et une peur irraisonnée de la part des hommes politiques ont empêché leur application pratique.

La solidarité doit être séparée de l’assurance, ce qui est déjà le cas en grande partie (ainsi la CMU est assurée par l’impôt, et non par les cotisations sociales). « Il ne faut pas étendre artificiellement la solidarité de manière à détruire la responsabilité ; en d’autres termes, il faut respecter la liberté » avertissait déjà Frédéric Bastiat.

Pourquoi jugerait-on le citoyen suffisamment mature et autonome pour pouvoir voter et influer sur l’avenir de son pays, mais pas pour choisir par lui-même sa propre assurance santé (comme peuvent le faire les Allemands, les Hollandais ou les Suisses) ou se constituer une épargne-retraite et cotiser à un fonds de pension (comme le font les Chiliens) ? Pourquoi le priver de la possibilité de gérer sa propre vie comme il l’entend ?

Texte libre de droits